Sur la piste des profs
Jean-Jacques Delevaque vient de nous rejoindre et c'est bien sur l'occasion de ressortir quelques photos et souvenirs ...Jean-Jacques :
Ces retrouvailles avec les "a-c-d" me font le plus grand plaisir...!!
J'ai écrit mes mémoires vers 35, 38 ans, rien depuis.
Le LTE Corbeil en fait partie, voici un texte nommé "alouette"
Au sujet d'un prof. du LTE Corbeil (en sandalette, mal rasé, gréviste)
- qui m'a donné le goût de la lecture.
- qui se trompait de ligne d'élève en rencontrant mon père inquiet, car je redoublais ma 4 ème après m'être fait virer du collège de Savigny sur Orge pour indiscipline !!!!
- qui osait des trucs, pas possible aujourd'hui...
Je lui suis très reconnaissant.
Gaston :
Pour le prof de français,la description correspond à Drouet mais je ne l'imagine pas pleurant, personnellement même les plus emmerdants ne m'ont pas fait pleurer. A suivre...
Jean-Jacques :
C'est bien Drouet qui m'a profondément marqué en 3ème.
- qui nous emmenait voir une alouette à l'essor dans les champs derrière le lycée...
- qui jouait "l'avare" dans les couloirs.... au grand dam des autres profs !
- qui se rasait au lycée les jours de grève....
- qui préparait l'agreg. aussi avec notre classe.....
- qui m'a donné le goût de lire (je l'ai déjà dit).....
Dans ma carrière perso de prof, j'en ait maudit certes mais pas au point d'en pleurer !
Alouette
En classe de troisième mon prof de français prépare l'agrégation. Il nous fait des explications de texte absolument ahurissantes, comme quoi, Perette (de Perette et le pot au lait de La Fontaine) serait un peu ‘pute’ sur les bords, ou encore que Racine est un génie à l'aide d'une démonstration mathématique qui nous laisse complètement sidérés au point qu’Abadie, le premier de la classe par ordre alphabétique demande : - m’sieur, pourquoi n’appliquez vous pas votre démonstration, vous seriez un génie ?
Le prof : - le génie s’explique, il ne se fabrique pas, c’est cela la création.
Nous découvrons aussi la littérature érotique avec ‘Bel ami’ de Maupassant (il faut être un peu givrée pour rouler ses cheveux autour des boutons de veste de l'homme que l'on aime juste pour avoir un peu mal à son départ).
Pour le théâtre de Molière, il n'hésite pas à sortir de la classe et crier à pleins poumons : - au voleur, au voleur on a volé ma cassette (deux minutes plus tard, toutes les classes de l'étage sont dans le couloir).
Aujourd'hui, La Fontaine, cette fois-ci, il est question, dans je ne sais plus qu'elle fable « d'alouette à l'essor »(1).
Le prof : - savez-vous ce qu'est une alouette à l'essor ?
La classe : .......
Le prof : - laissez vos affaires sur les tables sortez en silence on se regroupe dans la cour.
Mon lycée est un lycée neuf, j'y suis rentré en classe de quatrième en 1962, il reste encore deux étages à terminer. Il est constitué de deux magnifiques barres de béton, l'une est l'internat l'autre l'externat, plus un bâtiment pour les ateliers, c'est un lycée technique et enfin d'un gymnase couvert. Il est construit sur le plateau, à la périphérie de Corbeil Essonne à une bonne demi-heure à pied de la gare. Autour il n'y a rien à part les champs, il y a juste un café, au bord de la nationale 7, « le désert » qui sert les chauffeurs routiers, maintenant les routiers quittent ce lieu envahi par les potaches férus de baby-foot , de flipper et de musique rock'n'roll (I’m just a gigolo : Louis Prima).
Le prof nous rejoint, nous sommes en rang, chouette on sort du bahut, il explique au pion qui garde la porte : - tout le monde revient dans un quart d'heure.
La classe longe la clôture du côté ouest entre les ateliers et un grand champ de blé : - asseyez-vous au bord du champ et silence.
Un peu de vent nous souffle sur le visage, nous regardons les épis onduler. Et là soudain, face à nous, à moins de trois mètres, une alouette sort des épis en chantant, elle monte à la verticale frénétiquement et très rapidement elle n'est plus qu'un petit point dans le ciel mais on continue de l'entendre chanter, puis plus rien, le silence et elle plonge littéralement dans les épis.
- voilà vous avez vu une alouette à l'essor, on rentre.
(1) - Jean de La Fontaine - Fables (1668 à 1694), Livre quatrième, XXII, l’Alouette et ses Petits avec le Maître d’un champ
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L'alouette à l'essor, le maître s'en vient faire
Sa ronde ainsi qu'à l'ordinaire.
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Jean-Jacques :
Qui parmi vous reconnaîtra ces deux profs d'histoire-géo qui ont exercé au LTE Corbeil ?
indice : nous avions imaginé que l'un d'entre eux avait une fille qui devrait s'appeler "Hélène" pour faire un jeu de mot (pourri) avec son patronyme.
A la suite, un extrait de mes "mémoires" : "La descente au garage à vélo".
Remarque : les noms des potaches sont réels, qu'ils me pardonnent cette petite délation !
Jean-Pierre :
Le prof au vélo c'est Devert (qu'on surnommait 2 bloches). il y a l'anecdote du tuyau dans notre bouquin (et oui tu n'es pas le seul à écrire tes mémoires !) à la page 29 :
Livre des 50 ans du lycée
Donc ça va pour sa fille Hélène Devert !!
qui était très jolie.
L'autre je sais pas.
Jean-Jacques :
L'autre prof d'histoire - géo, c'est M.Danet.
Michel (Vermalle) :
Fraîchement arrivé dans le bateau, je suis néanmoins heureux de voir que les années n'ont point émoussé l'enthousiasme et beaucoup de messages font remonter des épisodes à la surface de mon souvenir.
Je me souviens très bien de Drouet, prof atypique, qui envoyait un élève aller lui acheter des cigarettes quand il en manquait et l'autorisait même à emprunter SA 2CV (dont certains assuraient que les essuie-glaces fonctionnaient avec une ficelle, quelqu'un peut-il confirmer ?). Je me souvient aussi qu'il portait des nu-pieds en toute saison...
Sacré bonhomme, à cause de mon aspect "coincé" de l'époque il m'a fait jouer "le jeune homme" dans Electre... et il a eu raison.
Quant à Devert, houla ! souvenir cuisant... Pour nous (2T5 en 63-64), il sévissait dans la salle de cours N° 215. Un cours sur la "tropopause" nous a valu un nombre de "zéro" impressionnant, lors de l'un de ses contrôles ultérieurs. J'ignorais l'épisode du "tas de sable" mais j'apprécie. Nous avons eu aussi (en TM ?) en géographie une prof toute jeune, Armelle Bogart, qui devait avoir très peu d'années de plus que nous. En plus elle était jolie... Nous n'étions pas très dissipés, mais l'ambiance lors de ses cours était assez particulière...
Le nom de Chénieux me dit qqch, mais je me souviens mieux de l'étau-limeur, machine avec laquelle j'avais peu d'atomes crochus, après qu'une pièce ait volé dans l'atelier à la suite d'une profondeur de passe "un peu" exagérée...
Je préférais le tour, avec lequel nous organisions des concours du plus long copeau... Là aussi, d'ailleurs, il n'était pas rare que des pièces entre tocs insuffisamment serrés se libéraient toutes seules... Nous vivions dangereusement, à cette époque.
Je me souviens aussi d'un prof (de dessin industriel ?) qui n'arrêtait pas de casser du sucre sur le dos des anglais (un descendant de Jehanne, sans doute) et à qui un élève avait reproché un jour d'être anglophobe...
"Moi, anglophobe, vous n'y êtes pas du tout... Je suis angloPHAGE"...
La descente au garage à vélo.
Le prof de géo (Devert) nous explique qu’il ne veut pas perdre de temps pour nous faire réciter nos leçons. Ça prend bien 20 minutes ses explications.
Sa technique est simple. Il appelle un nom, si on ne démarre pas au quart de tour la récitation du résumé du cours précédent, c’est zéro, et il appelle le suivant. Comme il commence au hasard de la liste alphabétique de la classe, tout le monde à peur, mais si il commence par ‘Lemaire’ et que l’on s’appelle ‘Delévaque’ on est tranquille car il interrogera les quatre ou cinq suivants, cette fois là ce n’est que partie remise.
Dans la classe, il y en a qui prennent le risque de ne plus se lever à l’appel de leur nom, c’est risqué mais ça marche des fois. Le prof croit qu’on est absent, il passe à un autre. Biloué et Ritz font le concours de la plus faible moyenne. Ritz a 1,5 et Biloué 3. Tout le monde espère que la philo sera tirée au sort au bac (ce fût le cas).
On est habitué ça fait trois ans qu’on l’a ce prof. Déjà en classe de quatrième il nous terrorisait en faisant l’inventaire de nos trousses lorsque que nous devions dessiner des cartes en classe, le régime était sévère, un zéro par article manquant, le minimum étant : un porte plume à dessin (avec sa plume) une cartouche d’encre de chine, un crayon papier HB (taillé, sinon zéro), un taille-crayon, une gomme, au moins six crayons de couleur, de couleurs différentes (le célèbre problème des couleurs pour le cartographe).
En classe de première on a eu un autre prof de géo, celui là était marrant, il faisait les cours d’histoire en nous racontant la vie amoureuse des hommes politiques, …… le général boulanger se suicide sur la tombe de sa maîtresse….. De plus lui, durant les cours de géographie,qui nous fait découvrir le monde, il nous fait des cours sur le riz dans le monde, le blé dans le monde etc. passionnant.
On a, le vendredi matin, 4 heures d’atelier. A la pause, on sort sur la pelouse en face du garage à vélo situé sous le bâtiment de l’enseignement général. Une rampe d’accès y conduit de façon assez raide après un virage à 90°. Il arrive, 10h28, main en bas du guidon, Devert vient de monter la côte de Corbeil, il est tout rouge, il amorce la descente. Pour l’avoir vu faire 10 fois, on sait que, sans descendre de vélo, il ouvrira la porte ensuite il exécutera un demi tour sec pour éviter le tas de sable (pour le verglas, l’hiver) et il rentrera dans le garage.
Deux fois on l’a piégé. Ritz a ôté le clou qui tient la poignée de la porte. Lorsqu’il a voulu ouvrir la porte, la poignée lui est restée dans les mains. Première gamelle.
Le prof est bon en vélo. Il gratte Pigeat qui vient en solex au Lycée et qui doit pédaler pratiquement durant toute la montée pour arriver au Lycée.
Duchamp, (un fort en maths), avait remarqué que le prof prenait ‘à la corde’ le virage qui conduit à la descente au garage à vélo, à la façon des coureurs professionnels. Duchamp a placé un gros tuyau d’arrosage sur la ligne du parcours dans la descente, quasiment invisible du cycliste avant qu’il soit engagé dans la descente.
Vendredi , 10h28, il arrive, braquet 52-14, pleine vitesse pour nous épater. Le corps se penche à l’abord du virage, le genou intérieur s’ouvre. Il voit le tuyau, infranchissable, trop tangent, impossible de s’écarter pour le prendre perpendiculairement, il va trop vite, ça descend raide, le freinage est peu efficace, le tas de sable l’accueille sous les applaudissements de la Terminale TM2.
Jean-Jacques Delevaque
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